Franchement, quand on voyage, on voit beaucoup et on grandit. Ne disons-nous pas souvent que certains évènements de la vie peuvent nous rester gravés dans la mémoire, compte tenu de leur importance ?
C'est l'histoire d'une fille que je ne me suis pas encore préparé psychologiquement à oublier, même si elle paraît inénarrable.
Alors que je venais de passer à peine quatre mois de vie estudiantine au Ghana, comme tout africain, je m'étais lié d'amitié avec deux compatriotes. Ainsi, nous avions tellement familiarisé qu'on nous prenait pour des frères.
La veille du jour fatidique, nous avions reçu un coup de téléphone de « Erica » me disant que ça faisait un bail que je n'étais plus passé leur rendre visite. J'avais décidé donc de passer le lendemain dimanche après l'église.
Une fois sorti de l'Eglise et comme prévu, je m'étais directement rendu chez elles quand Erica faisait la lessive dans la cours. Ironie du sort, elle me proposa de l'aider et ensuite me demanda comme un petit catéchumène, le résumé de l'Evangile du jour. Sans hésiter, je lui récitai les versets. Subitement, je demandai d'après « Nina » sa sœur et elle répondit qu'elle était malade, couchée dans la chambre. De quel genre de maladie pouvait-il s'agir ? J'apprenai par la suite qu'elle saignait depuis des jours. La preuve tangible était que cela se passait devant moi sur la terrasse lorsqu'elle était sortie ; mieux encore, des caillots de sang ! Alors, sans perdre le temps, nous décidâmes de l'emmener dans une clinique privée du quartier.
Comme d'habitude, la tradition voulant que le patient s'exprime afin que le docteur diagnostique le mal, était tout de même un autre mal car Nina ne possédait que quelques semaines de connaissance en anglais. C'est ainsi que je portai le manteau d'interprète. Mais là où le bât blesse, c'est comment interpréter ou parler d'une maladie dont j'ignore la cause ? Seulement, de fil en aiguille, j'amenai le docteur à confirmer une hémorragie interne avec rupture de veines et de vaisseaux sanguins au niveau de l'organe génital.
Ce qui explique un avortement mal opéré, dont la plaie s'était souillée depuis plus d'un mois. Après lui avoir administré quelques médicaments afin d'interrompre l'écoulement du sang par saccade, malgré qu'elle était sous perfusion, le docteur me remit le papier comme quoi le cas le dépassait et qu'il fallait l'évacuer à l'hôpital Militaire « 37 » en nous laissant aux mains d'une infirmière. Le temps que j'aille chercher un taxi, la clinique était déjà envahit par une grande foule et plus de sept autres taxis m'attendaitent. La situation était devenue CATASTROPHIQUE !
Je ne reconnaissais plus Nina.
Sans mentir, pour moi, elle était morte car la respiration ne passait plus. Difficilement, elle fut transportée dans un taxi sous des cris et hurlements terrassant de peur. Abattus et abasourdis on pleurait à moitié et Erica détenant une croix de Jésus Christ eût l'idée de l'enfoncer dans sa bouche raisons de la maintenir en vie.
Une fois à l'hôpital, nous restâmes pendant un bon moment avant de bénéficier de l'aide d'un infirmier qui, après des procédures, vérifia si elle était toujours en vie, avant de nous emmener au bloc opératoire. Après des séries de formalités, je remis la note au docteur et quelques instants après des soins intensifs, Nina se retrouva un peu mieux malgré l'écoulement incessant du sang.
Au environ de 18 heures, le docteur dit qu'elle ne pouvait pas elle aussi traiter le cas, et nous recommanda un spécialiste d'une autre clinique située à quelques pas de chez elles, après qu'on ait dépensé des fortunes. Là-bas, après avoir diagnostiqué le mal il nous fallait encore débourser une somme d'un million de cedis (GH¢100) pour accéder au bloc opératoire, où l'opération fut un succès en quelques minutes. Après des milliers de remerciements au docteur, nous nous rendîmes à l'hostel au environ de 2Oheures. Dans mon rôle de frère, ami, parent, interprêtre, concitoyen et que sais-je, je restais avec elles toute la nuit du Samedi dernier.
TO GOD BE THE GLORY
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